Les nouveaux jardins en… béton

Chère Anne Hidalgo, je déteste ce que vous faites.

DES « FORÊTS URBAINES » POUR MASQUER LA POLITIQUE DU « TOUT BÉTON »

Dans la course aux élections municipales de 2020, Anne HIDALGO se sent contrainte de diffuser un slogan par jour.

Elle vient notamment de lancer le néologisme « forêts Urbaines », désignant son ambition de créer des « îlots de fraicheur » contre le réchauffement climatique. 

La maire ne montra pourtant auparavant son ouverture à l’écologie que dans la lutte contre la pollution issue des transports routiers.

Au cours de cinq années de mandat, en fait de « forêts urbaines », elle lança les pelleteuses sur des dizaines de quartiers, qu’elle densifia, bétonna et couvrit de ferraille, laissant au végétal une place p/span>arfaitement indigente. 

Sous ce mandat, de rares lieux, sporadiques, ont échappé aux constructions, pour devenir « jardins » dont ils ne possèdent malheureusement que le nom, tant ils furent, eux aussi, soumis au coulage de béton.

Trois exemples illustrent parfaitement cette politique. Nous laissons à votre appréciation la qualification de « forêts urbaines ». 

. Jardin Père Teilhard de Chardin, IVe arrondissement.

Longtemps les riverains du quartier de l’Arsenal, Conseil de quartier en tête, ont réclamé un square supplémentaire sur l’esplanade de la bibliothèque de l’Arsenal, place du Père Teilhard de Chardin, afin d’éviter aux enfants de jouer un peu moins dans les effluves des pots d’échappement qui entourent l’historique square Henri Galli, face à l’esplanade, coincé entre trois artères peuplées de voitures. 

Ils ont finalement obtenu gain de cause. Début 2019, des travaux ont été lancés par la Mairie, après des fouilles archéologiques, qui ont confirmé la présence connue d’une portion de l’enceinte de la ville érigée sous Charles V. Le square, baptisé « Jardin » par la Mairie, est désormais achevé.

Une allée principale trop large, trop rectiligne, sépare l’endroit en deux rectangles égaux et conduit à un pan de mur aveugle de la bibliothèque. Pour faire « écolo », le « chemin » est couvert de planches de bois flottantes très « toc ». 

Sur le côté droit de l’allée, on découvre une fosse en entonnoir, ceinte de murs en béton et d’un garde-corps de glissière d’autoroute, à laquelle conduit un escalier garni de planches toujours « toc ». Là, se déploie une grotte de béton grillagée, dévoilant une toute petite portion du mur d’enceinte mis à jour. L’effet de ce pauvre morceau de mur dans sa gangue de béton est à pleurer. L’allée centrale est flanquée de lampadaires et bancs banals n’ayant rien de parisien. 

En divers endroits, l’allée principale est prolongée par de courts chemins désespérément droits, revêtus d’une sorte de ciment teinté. Aucun arbre ne laisse à penser qu’un jour la végétation sera véritablement étoffée. 

En somme, ce jardin a été dessiné non pas en fonction d’une recherche esthétique et écologique, mais dans la nécessité de révéler aux parisiens une attraction pour Bidochon : le pauvre morceau de mur.

Partout, dans les jardins dessinés sous le mandat d’Anne Hidalgo, on retrouve cette exigence d’assigner un but précis aux parisiens qui s’y rendent. On ne traverse pas un square pour flâner. On doit contempler une attraction de fun zone! C’est un ordre! Au square Teilhard de Chardin, on viendra donc contempler le morceau de mur. Les végétaux sont ravalés au rang de détail conduisant à l’attraction, comme à Disneyland.

L’autre idée est que l' »attraction », point de ralliement, doit nécessairement être engluée dans le béton, les matériaux bas de gamme, le mobilier urbain de supermarché, selon un dessin général très mauvais.

Songeons que cette portion du mur d’enceinte est une des seuls vestiges subsistant d’un quartier dévasté par les démolitions successives de l’Hôtel Saint Paul, du Couvent des Célestins, du Grand Arsenal, etc…

Cerise sur le gâteau, les jeux pour enfants sont restés dans le square d’en face, ultra pollué….

Comprenne qui pourra.

Une allée, entourée d’arbres et de jolis bancs et lampadaires, serpentant jusqu’à la porte de la bibliothèque auraient été tellement plus chouettes que ce navrant tas de béton flanqué d’allées ennuyeuses… 

Sur le côté Est de ce square, un titanesque îlot de béton, en construction, baptisé du nom couillon « Morland Mixité Capitale », projette son ombre démesurée sur tout le quartier. La Direction de l’Urbanisme nous informe que les toits seront végétalisés. Encore! Aussi mal que le square? 

Le square Teilhard de Chardin est évidemment, comme d’ordinaire, un faux-nez destiné à faire passer la pilule du projet béton-béton « Morland Mixité Capitale ».

La seule qualité de ce nouveau square? Son absence de clôture. Enfin, au centre de Paris, un jardin public à l’anglo-saxonne, sans barrière… 

Pour inspirer aux citadins la goût de la végétation, Il n’y a pas plus éducatif qu’un jardin public sans clôture : il devient partie intégrante de la ville et non conservatoire réservé. Le barricader, par crainte de trafics ou de squats, c’est l’éloigner de la vie urbaine, alors qu’enjamber la majorité des clôtures basses des squares est très aisé. 

. Jardin Perle-Thorigny, IIIe arrondissement : 

Il s’agit d’un square, baptisé « jardin », mal enchâssé le long du mur pignon de l’hôtel de Thorigny, qui abrite le musée Picasso, jouxtant le petit jardin d’une résidence de retraite dont il est séparé par une clôture en aluminium anodisé. 

Ce square est doté d’un malheureux carré de gazon où s’entassent des bancs en surnombre, qui dévorent l’espace vital. Hideuses, ces assises sont constituées d’une base parallélépipédique mastoc en béton, couverte d’une planche de bois, où l’on peine à se tenir à deux. La plupart de ces assises sont de surcroît dotées d’un accotoir central de métal, très laid, destiné à empêcher la sédentarité des sans-abri. Ah l’humanisme de la Mairie de Paris!… Les amoureux des bancs publics sont donc aussi persona non grata.

Alors qu’il suffirait de faire tomber toutes les clôtures pour agrandir l’endroit, supprimer les bancs, les remplacer par de vrais bancs parisiens, en plus faible nombre, et planter des arbres. 

L’attraction est une bibliothèque contenant des livres. L’idée est bonne, mais pas dans un endroit pareil!/

. Jardin Martin Luther King, XVIIe arrondissement

Ce jardin était un des prétextes du bétonnage hallucinant de l’ensemble de la ZAC Clichy-Batignolles. 

Pour faire taire les critiques des riverains d’un projet qu’il faut d’imposer coûte que coûte, les édiles communiquent toujours selon une même terminologie : « Autour d’un jardin de tant de mètres carrés, un nouveau quartier, etc. »

Et l’on se retrouve avec un amas d’immeubles en béton autour d’un square. 

Ici, il s’agit d’un quadrilatère bête, au dessin conformiste à souhait, mal organisé, sombre par endroits, ceint de grilles tristes, doté d’un pauvre bassin sur lequel naviguent trois canards contraints à vivre dans le moche. 

Sans oublier l’attraction habituelle : ici, une énorme plateforme en métal, bien trop grande pour l’étroitesse du lieu, à laquelle on accède par un escalier. Elle permet la contemplation d’une skyline étouffante de béton, tout en assombrissant de son ombre ce pauvre espace vert.