Terreur à Paris ! Après Vélib et Autolib, les mob ont disparu !


Mais quel état second conduisit la Maire de Paris à décider que les quelques minables talus herbeux du boulevard périphérique parisien se verraient offrir un mode de gestion en « éco-pâturage » ? 

Le 30 septembre 2016, telle Marie-Antoinette à Trianon, Anne Hidalgo fit acclimater, entre la Porte Dauphine et la Porte de la Muette, entre la Porte dorée et la Porte de Vincennes, des moutons d’Ouessant, ayant pour ordre de désherber. Il est vrai que l’herbe, pour consommation personnelle et festive, est une substance plus parisienne que Versaillaise. 

L’édile, improvisée bergère, annonça sa décision aux gazettes, en justifiant le choix de la race d’Ouessant, non pour son côté décoratif de vestibule Louis XVI, mais pour « sa robustesse et sa petite taille, et donc sa faculté de se glisser et tondre des endroits difficiles d’accès pour les agents de la ville » ! Sans commentaire. « Plus besoin de tondeuses polluantes ou désherbants chimiques », déclara-telle, « plus de déchets verts à gérer ». Les Moutons d’Ouessant Brouteurs, que nous désignerons sous l’acronyme « MOB », par simplification, mangeraient ce dont ils disposeraient, leurs déchets fertiliseraient le sol, qui lui-même leur rendrait une quantité suffisante d’aliments. Cette solution se justifiait donc aussi sur le plan économique. Turgot lui-même n’y aurait pas songé. 

La location et la gestion de douze MOB fut assurée par Green-Sheep, start-up française, fondée par Paul Letheux. Comme au Hameau de la Reine, dans des enclos au doux parfum de campagne artificielle, les MOB rasèrent l’herbe du périphérique jusqu’en novembre 2016, puis de nouveau d’avril à novembre 2017. 

« L’éco-pâturage fait appel à des espèces rustiques de moutons, choisis pour leur capacité d’adaptation » se sentit contrainte de déclarer à la presse Pénélope Komitès, adjointe à la Maire, chargée des Espaces verts, de la nature et de la biodiversité. « En limitant le développement des plantes envahissantes et en maintenant une végétalisation basse, cette tonte naturelle favorise le développement de la faune et de la flore spécifiques des pelouses et enrichit la biodiversité de la capitale ». 

L’agronomie expliquée aux enfants… Il y a de quoi se demander pourquoi les MOB, s’ils sont si adaptables, ne sont pas chargés de l’entretien des trottoirs parisiens, envahis d’herbes folles et de déchets alimentaires. Mais peut-être n’apprécient-ils ni l’odeur d’urine, ni celle de gobelets de fast-food?

L’éco-pâturage se pratiquait déjà au parc des Archives de Paris, au Parc Floral, au Centre Horticole de la Ville de Paris à Rungis et dans le Bois de Vincennes. Paris n’était pas pionnière en la matière. Depuis une dizaine d’années auparavant, plusieurs villes françaises utilisaient des ruminants pour l’entretien des espaces verts. Lyon, Besançon, Rennes ou Montreuil, Créteil, Vélizy-Villacoublay, etc. employaient des brebis, des chèvres et un taureau. 

Christine Aubry, directrice de l’équipe de recherche Agricultures Urbaines à l’INRA-AgroParisTech, vit cette implantation d’un œil positif. « Cela permet d’entretenir des espaces verts de manière écologique. On consomme l’herbe, on ne la détruit pas ». Un peu comme dans les caves de à Saint-Germain des Prés… Elle mit aussi en avant les bienfaits culturels d’une telle démarche. « Une présence ovine au sein de Paris peut faire l’objet de nombreuses animations sociales et culturelles locales. C’est très apprécié par les habitants, notamment par les enfants. » Le MOB est ludique, c’est bien connu. On peut le caresser, sauter par-dessus et surtout se conformer, comme lui, aux commentaires qui font avancer le Schmilblick.   

Même si elle en reconnaissait les bienfaits, cette démarche restait cependant, selon elle, symbolique. « Il ne s’agit pas d’élevage intensif et la contribution à l’environnement reste très faible », expliquait-elle. Elle s’interrogeait également sur la thématique des risques sanitaires liés à de potentielles pollutions de l’herbe. « On devrait commencer à travailler sur cette problématique au printemps 2017, nous indique-t-elle. Mais on pense toutefois que ce risque est très faible ». Les parisiens ont parfaitement droit à l’information sur la pollution de leur herbe…

L’inquiétude au sujet de la santé des MOB s’exprima très tôt, par le biais d’une pétition qui  recueillit 15 000 signatures : 

« Je n’ose imaginer l’état des poumons des moutons. Resteriez-vous plusieurs mois à côté du périphérique ? Je demande donc à Madame Hidalgo et Monsieur Letheux de :

1) soit retirer ces moutons ;

2) soit garantir leur sécurité (actuellement les moutons sont des enclos fermés avec du simple grillage) ».

La Ville de Paris répondit que la pratique d’éco-pâturage respectait les principes du bien-être animal définis par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale.

Paul Letheux affirma que les MOB se portaient bien. « Toutes les semaines, un berger vient les voir pour s’assurer qu’ils sont en bonne santé et que les clôtures sont en bon état ». « Des analyses de sol ont été faites avant l’installation des moutons et n’ont révélé aucune pollution »… »Nous nous sommes assurés que l’environnement n’altérait pas leur système immunitaire »… « Il y a une pollution de l’air, mais c’est la même que celle que nous respirons tous les jours ». Ces moutons « vivent seulement une dizaine d’années, donc ils n’ont pas le temps de développer les maladies développées chez l’humain… ». Ah d’accord! Le MOB peut donc s’encrasser les poumons sans limites, puisqu’il meurt avant la déclaration du cancer. Mais alors pourquoi vérifier si l’herbe est polluée? Paul Letheux ajouta qu’« Il s’agit d’une expérimentation sur quatre sites. Le bilan est bon et la mairie veut l’étendre à une vingtaine de lieux qui ont été identifiés comme adéquats. 

« Après avoir expérimenté pendant un an cette initiative sur les quatre talus d’une surface d’un hectare, nous envisagerons de la transposer sur quatorze autres sites du périphérique, soit, au total, six hectares », expliqua Pénélope Komitès. Les moutons allaient finir par proliférer comme des lapins. On n’avait pas fini d’en retrouver, paumés, sur les voies du périphérique.

Et pourtant, en 2018, la municipalité décida de ne pas mettre en place de moutons, en raison, déclara-t-elle, du « temps sec et du manque d’herbe ». Pour la pluie, c’est pas facile, mais, pour l’herbe, si ça vous chante, on a des adresses Porte de la Chapelle.

La Ville de Paris installa de nouveau les MOB fin avril 2019. Une trentaine de moutons répartis en 5 troupeaux tournèrent en alternance sur 15 talus, choisis principalement vers le bois de Boulogne et au niveau des XIIe et XXe arrondissements. 

Les MOB furent tondus en juin. Leur laine fut transformée en ponchos et bonnets par une PME bretonne. On ne sait pas où sont commercialisés ces vêtements très peu « nouveautés de Paris ». Nul n’a vu Anne Hidalgo les arborer. Au regard de l’état de nos relations diplomatiques avec certains pays du Mercosur, il semble peu probable que la Maire s’adonne à l’exportation de produits laineux dans leur direction. À moins qu’elle ne signe un accord de libre-échange séparé.

Le 21 mai 2019, fut rendu à Anne Hidalgo le rapport de la Mission d’Information d’Evaluation (MIE), composée d’une quinzaine d’élus du Conseil de Paris, en charge de réfléchir à l’avenir du boulevard périphérique. Parmi diverses solutions pour réduire les nuisances sonores et environnementales, il préconisait de baisser la vitesse des véhicules à 50 km/h, d’interdire la circulation des poids lourds, de limiter le nombre de voies. Entre 5 et 4 aujourd’hui, seul trois subsisteraient, dont une serait réservée aux véhicules propres, à ceux pratiquant le covoiturage et aux transports en commun. L’espace libéré serait « remis en pleine terre » et entretenu par des MOB. Les ovins seraient donc en troupeaux aux abords du périphérique d’ici 2020/2030. Mais toujours dans un univers de blocs de béton plus laids, plus hauts, plus larges et plus nombreux. Le rapport ne préconisait pas la moindre idée sur le confinement accéléré de la pollution au sein de cet univers. Ni sur les transhumances nécessaires… 

LE DRAME 

C’est un mois plus tard que le drame survint.

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2019 qui suivit une émeute (de gilets Jaunes, non de Sans-Culotte) au cours d’une banale tentative de contrôle de la circulation, sur les Maréchaux, une patrouille de la brigade anti-criminalité du commissariat du XIIe arrondissement fit signe de s’arrêter au conducteur d’un utilitaire. Or celui-ci entama une fuite mais percuta un muret des voies du tramway. Il poursuivit sa dérobade à pied, tout comme trois autres passagers du véhicule. Les policiers rattrapèrent deux d’entre eux boulevard Soult puis inspectèrent l’engin. Sur son sol, ils découvrirent six moutons noirs, vivants, pattes ligotées. Croyant d’abord à une pratique sado-maso, les policiers comprirent lorsque l »un des ovins demanda : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse? ». On plaça en garde à vue pour refus d’obtempérer et recel de vol les deux hommes, qui ne donnèrent aucune explication sur leurs intentions. On ne sait toujours pas ce qu’il advint de la voiture bélier.

L’enquête permit de découvrir que les moutons étaient des MOB dérobés sur le périphérique. La Maire de Paris, déposa plainte pour vol. « Qu’on donne au moins une brioche à ces pauvres bêtes! » vociféra-t-elle, en larmes. Une source proche de l’enquête laissa entendre qu’il s’agissait probablement d’un vol « alimentaire ». Sans doute un consommateur d’herbe… 

ET LA FONDATION BRIGITTE BARDOT S’EN MÊLE…

Le délire ovin se poursuivit par une lettre ouverte à la Maire de Paris, signée de Christophe Marie, Directeur du Bureau de Protection Animale et porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot :  

« Outre l’intérêt très contestable de placer des moutons dans un environnement bruyant, pollué, au cœur d’une circulation automobile dense, sur une herbe rase et parfois jonchée de détritus, exposer ces animaux à quelques semaines du sacrifice de l’Aïd el-Kebir (prévu cette année le 11 août) est une incitation au vol »… « Nous vous demandons de suspendre sans délai l’expérimentation d’éco-pâturage afin de placer en sécurité ces moutons dont la valeur ne fera qu’augmenter jusqu’à la date du sacrifice, augmentant d’autant le risque de vol et d’abattage clandestin ».

Mais pourquoi Christophe Marie occulte-t-il le sujet qui nous préoccupe? La laideur urbaine est pourtant une des pires conditions de travail des MOB, évoquée lors des confrontations : « On nous les broute avec ça », avait même déclaré le plus virulent. 

Est-il possible d’envisager que la politique écologique de la Ville de Paris soit définie de manière réfléchie et silencieuse, plutôt que dans le cadre d’enjeux politiques insupportables provoquant des polémiques dont nous pourrions tous nous passer?

Pourquoi contraindre des moutons à paître dans pareil endroit infernal, si ce n’est pour réaliser une opération de communication sensée brosser les électeurs écologistes dans le sens du poil laineux, attendrir les autres (Qu’il est mignon, ce mouton!), et occulter le bétonnage exponentiel de la ville ? À l’évidence, cette tentative de tonte de voix s’avère complètement infructueuse. Quel écolo irait trouver mérite au sort de ces animaux ? À moins d’avoir fumé… Et pourtant, sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, le silence des Verts au Conseil de Paris, qui gouvernent avec la Maire socialiste, est assourdissant. Seule la Direction de l’Urbanisme de la Ville est à l’origine de l’étouffement du périphérique dans une immonde gangue de béton… 

Les pauvres ovins, qui ne peuvent être surveillés, sont victimes collatérales de choix et de petits arrangements politiques absurdes. Aucun organe de presse n’a pourtant commenté leur état de santé exact, préférant se cantonner à des images régulières de bovidés, soumis en abattoirs à une souffrance plus évidente et surtout… plus visuelle.

Paris n’a aucun besoin de ce genre d’initiative coûteux et irresponsable. Œuvrer pour l’écologie urbaine n’est un enjeu ni de gauche, ni de droite. Planter des arbres partout doit devenir une opération banale d’hygiène publique universelle, sans obligation de la bêler par haut-parleurs. Le fait de la bêler, la braire ou la hululer est souvent indice d’hypocrisie.

L’extrême droite, toujours prompte à donner des leçons, mais qui gouverne des villes sans aucun souci écologique, fait son fromage (de brebis) des choix caricaturaux des partis républicains. C’est une autre raison fondamentale pour éviter ce type de décision et la com’ ridicule qui l’accompagne.